mardi 16 septembre 2014

Phèdre







GENRE : Théâtre tragique / XvIIe siècle
ÉDITION: Gallimard
COLLECTION : Folio Théâtre
PUBLIE EN : 1677
PARUTION DE L'EDITION : 1995
LANGUE D'ORIGINE : Français
AUTEUR : Jean Racine
ÉDITION DE : Christian Delmas et Georges Forestier









Jean Racine, né à La Ferté-Milon le 22 décembre 1639 et mort à Paris le 21 avril 1699, est un dramaturge et poète français considéré comme l'un des plus grands auteurs de tragédies de la période classique en France sous Louis XIV.
Issu d'une famille de petits notables et vite orphelin, il est éduqué par les « Solitaires » de Port-Royal et reçoit une solide éducation littéraire et religieuse (peu marquée par les nuances théologiques du jansénisme). Il choisit ensuite de se consacrer à la littérature et particulièrement au théâtre en faisant jouer La Thébaïde en 1664 et Alexandre le Grand en 1665, qui est son premier succès et qui lui vaut le soutien du jeune roi Louis XIV, tandis qu’il se brouille avec Molière.
Le succès d'Andromaque en 1667 ouvre une décennie de grande création où l'on trouve à côté d'une unique comédie (Les Plaideurs en 1668) six grandes tragédies : Britannicus (1669), Bérénice (1670), Bajazet (1672), Mithridate (1673), Iphigénie (1674) et Phèdre (1677). Élu à l'Académie française en 1672, et parvenu au faîte de la gloire grâce à Iphigénie et Phèdre tout en ayant acquis une confortable aisance financière, il se laissa convaincre par ses appuis haut placés à la Cour (notamment Mme de Montespan et sa sœur Mme de Thianges) d'abandonner le « métier de poésie » pour briguer le « glorieux emploi » d'historien du roi. Devenu l'un des courtisans les plus proches du Roi-Soleil, il n'abandonna quelquefois son travail d'historien que pour répondre à la demande de Madame de Maintenon en donnant deux tragédies aux sujets bibliques aux jeunes filles de Saint-Cyr : Esther (en 1689) et Athalie (en 1691), ou pour écrire dans le plus grand secret son Abrégé de l'histoire de Port-Royal (publié seulement cinquante ans après sa mort). L'énorme travail auquel il avait consacré l'essentiel des vingt dernières années de sa vie, l'histoire de Louis XIV, disparut entièrement dans l'incendie de la maison de son successeur, Valincour.
Privilégiant les sujets grecs, Racine, cherchant à rivaliser avec Pierre Corneille, a néanmoins traité trois sujets romains, et un sujet moderne, Bajazet (1672), mais décalé dans l'espace puisque se déroulant dans l'Empire ottoman. On a pu lui reprocher le manque de vérité historique (dans Britannicus ou Mithridate par exemple) et le manque d'action (particulièrement dans Bérénice), mais on a salué la musique de ses vers, son respect assez strict des unités de temps, de lieu et d'action qui renforcent la densité et le sentiment tragique, ainsi que de la vraisemblance psychologique : les passions de chacun deviennent en effet les instruments du destin. Parmi ces passions, l'amour tient la première place et Racine l'analyse avec ses manifestations physiologiques (ex. : Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;// Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue, Phèdre, v.272-273). La passion anime et détruit les personnages pourtant tout-puissants (rois, empereurs, princesses...) qui tentent en vain de lutter contre la pente fatale de l'entraînement des passions. Racine est ainsi parvenu à montrer si puissamment ce cheminement inexorable propre à faire naître la frayeur et la pitié (Aristote les présentait comme les deux émotions fondamentales du genre tragique) que la critique a longtemps estimé qu'il avait cherché à associer la prédestination janséniste et le fatum des tragédies de l'Antiquité.
L'économie des moyens (densité du propos avec un nombre restreint de mots pour toutes ses œuvres, utilisation du confident pour rendre plus naturelle l'expression des personnages), la rigueur de la construction (situation de crise menée à son acmé), la maîtrise de l'alexandrin et la profondeur de l'analyse psychologique font des œuvres de Jean Racine un modèle de la tragédie classique française.









" PHEDRE
Mon mal vient de plus loin. A peine au fils d'Egée,
Sous les lois de l'hymen je m'étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
Athènes me montra mon superbe ennemi.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue.
Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue.
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler,
Je sentis tout mon corps et transir, et brûler.
Je reconnus Vénus, et ses feux redoutables,
D'un sang qu'elle poursuit tourments inévitables. "
( Acte I, Scène III )







Racine offre avec « Phèdre » une pièce de théâtre digne de ses prédécesseurs entre autre l’un des plus célèbre du XVIIème Siècle, Pierre Corneille.
« Phèdre » plus connu à l’époque sous le nom de « Phèdre et Hippolyte » reprend la mythologie grecque d’une partie de la vie de Thésée. Ici, on se concentre sur la partie de sa relation avec son épouse Phèdre, son fils Hippolyte né de son amante Antiope dans une relation amoureuse incestueuse.
               Racine reprend divers côtés mythologique du tragédien grec Euripide et du latin Sénèque. Mais contrairement à une vision plus sombre de ces prédécesseurs, il offre à ses personnages une humanité plus réaliste, avec des émotions plus nobles ? Peut-être pas tant que cela.
En effet, la pièce est remplie d’oxymores, des contradictions dans les tourments de Phèdre, mais aussi Hippolyte et Thésée. Les mots de Phèdre : « Je goûtais en tremblant ce funeste plaisir […] » ( Acte IV, Scène 6) ou encore Thésée qui supplie le Dieu Neptune (Poséidon) de ne pas donner sa sentence à son fils : « Ne précipite point tes funestes bienfaits »
Dès le début de la pièce, Phèdre se voit mourante accablée par son secret et aux sentiments honteux qu’elle éprouve pour Hippolyte, elle n’aspire qu’à la mort. Racine joue donc ici sur la liturgie funèbre dit en latin « Dies Irae », rite catholique.
Quand on y regarde plus près, les personnages sont alors positionnés en victime. Que ce soit Phèdre pour la honte de ses sentiments et de l’acte involontaire de la punition d’Hippolyte, de Thésée trop impétueux qui punit sans se faire un juge équitable pour son fils, à la dure loi des Dieux.
               Le personnage d’Oenone, la confidente de Phèdre est un personnage très intéressant, car elle est la représentation ou la conscience de sa maîtresse. Malgré le cœur honorable de la reine, c’est sa confidente qui la pousse à mentir, pour que sa maîtresse reste « vertueuse » aux yeux de son époux Thésée. Phèdre la traitera de « monstre », ce monstre ainsi se retrouve en elle-même par ce sentiment d’inceste. Quant à la finalité de ce personnage, n’est-il donc pas logique de la voir commettre l’acte de suicide ? Dès le début, Phèdre veut mourir et c’est donc Oenone qui finalement partira la première, ce personnage est donc le côté sombre de Phèdre, une opposition des plus surprenantes !
On se rend alors compte que chaque personnage est soumis au « Fatum » (la fatalité), qu’on retrouve dans la littérature latine. Aucun homme ou héros (ici au sens propre du terme, des demi-dieux) ne peut se soustraire à cette fatalité.
               Racine fait d’une scène mythique dans sa pièce avec le récit de Théramène sur la mort d’Hippolyte (Acte V, Scène 6). Il utilise l’hypotypose comme figure de style qui rend la description animée et frappante qui consiste à chambouler les lecteurs comme-ci, ils se trouvaient face à ce combat.
Si l’on devait comparer les « Phèdre » d’Euripide et Sénèque. Il y a de grande différence. La « Phèdre » d’Euripide était vertueuse. Dans son acte de suicide, elle tente de prouver son innocence face à la tentative de viol d’Hippolyte. Mais son acte veut faire preuve de culpabilité à Thésée.
               Chez Sénèque, Phèdre est totalement coupable et se tuera après la mort d’Hippolyte, son suicide est également le seul moyen pour faire taire sa propre passion.
                La « Phèdre » de Racine se trouve donc être un savant mélange de ses prédécesseurs. Ni totalement innocente, mais pas réellement coupable non plus. Une opposition qui déconcerte aux premiers abords.
Racine a su donné une nouvelle dimension à ce mythe à un très grand niveau et qu’il n’a rien à envier à aux tragédiens antiques! Il offre ainsi une forme d’humanité qui n’était pas réellement compréhensible dans l’antiquité. De mon point de vue, cette pièce est une pure merveille !
J’aime pouvoir comparer des dramaturges du XVIIème siècle à ceux de l’antiquité comme pour « Médée » de Corneille qui s’est inspiré également d’Euripide et Sénèque. « Phèdre » est un classique, c’est indéniable qui traverse le temps avec autant de vivacité qu’à l’époque.






GLOBALE : 9 / 10
ECRITURE : 10 / 10
SCENARIO : 8 / 10
PERSONNAGES : 10 / 10
SUSPENS : 8 / 10